Posté le 10 juillet 2017 - par Juliet Evrard Juliet

Focus sur les cas d'usages : la consultation d'Opé2017

Les débuts de DemocracyOS France


Opé2017 : une consultation pour lutter contre l’obsolescence programmée

Dans le cadre de la mise en lumière de nos cas d’usages, nous avons interviewé plusieurs utilisateurs et utilisatrices de la plateforme, afin d’obtenir des retours sur son utilisation et mieux conseiller celles et ceux qui souhaiteraient l’utiliser.

Aujourd’hui Emile Meunier, avocat et militant contre l’obsolescence programmée au sein de l’association Halte à l’Obsolescence Programmée (HOP) répond à nos questions après avoir lancé une consultation DemocracyOS.

_Présentation du projet _

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Emile Meunier : Opé2017 est un projet où plusieurs associations contre l’Obsolescence Programmée se sont alliées pour mettre la question de l’obsolescence programmée à l’ordre du jour de la campagne et recueillir, grâce à l’ouverture de la plateforme, différents avis sur la question. L’idée c’est que tout le monde participe : associations, citoyens, experts et entreprises.

EM : Opé 2017 a concerté les citoyens dans le cadre des campagnes présidentielles puis législatives, afin de pouvoir réunir les avis d’un grand nombre de citoyens et d’acteurs. L’idée était d’allier, au travers d’une consultation, l’ensemble du corpus d’associations qui luttent contre l’obsolescence programmée sur les points qui les rassemblent afin d’amener des propositions concrètes aux candidats.

Opé 2017 regroupe : HOP, Les Amis de la Terre, UFC que choisir, ZeroWaste France, Community, Green It et DemocracyOS.

Les associations impliquées dans Opé2017

EM : La plateforme s’adresse à tout le monde, mais on a eu beaucoup de retours de citoyens engagés qui connaissent bien le sujet, et très peu de retours d’entreprises.

EM : J’ai eu l’idée de faire cette plateforme parce que c’est dans l’air du temps, je lis pas mal au sujet des civic tech. Parmi les outils j’ai choisi DemocracyOS car vous proposiez de vous associer au projet de l’Opé2017 c’est-à-dire travailler gratuitement contre la promotion de la plateforme dans le milieu militant.

EM : Oui ce fut clairement un plus. Nous sommes des croyants pratiquants et l’open-source est présentée comme manière de lutter contre l’obsolescence programmée en mettant à disposition des outils de réparation notamment donc on s’est dit autant l’appliquer à notre cause.

Le processus de consultation

EM : La plateforme est toujours ouverte mais le débat s’est terminé par lui-même après un mois de participations, à la clôture du débat.

Liste des sujets ouverts sur la consultation Opé2017

EM : Les sujets ont mobilisé de façon équilibrée sauf celui sur l’obsolescence logiciel, qui fut moins débattu car plus technique. C’était un débat de 10 personnes mais un débat d’experts.

EM : Avec 5 ateliers physiques, environ 200 participants se sont mobilisés pour 132 contributions. J’avais mis des questions structurées mais les gens parlaient librement du thème. On a quand même réussi à trouver l’équilibre entre une questions trop généraliste et quelque chose de trop technique pour le citoyen moyen. En termes de participation on est allé au-delà des attentes espérées. Après, mis à part quelques propositions iconoclastes, généralement cela a plutôt conforté ma pensé que résolu de véritables problèmes. Mais c’est important que ce que nous pensons soit dit par d’autres pour apporter de la légitimité en tant que proposition citoyenne.

EM : Une seule entreprise a sorti une contribution collective mais ce sont les commentaires et les votes qui ont été les plus utilisés. J’ai bien aimé les fiches d’informations, on peut mettre des documents plus complets, informer les participants, c’est vraiment utile.

Documentations supplémentaires disponibles pour alimenter le débat.

EM : On a organisé un atelier sur une journée avec une participation physique qu’on a faite passer en tant que contribution collective sur la plateforme à la fin de la journée.

Proposition issue d’un atelier physique portée par 15 personnes.

EM : En termes de communication on a beaucoup partagé sur les réseaux de chaque association et là l’impact est énorme. Personnellement j’ai pris une après-midi pour aller contacter chaque personne qui devait participer, leur expliquer la démarche et les inviter à se mobiliser, cela représente beaucoup de travail. Je pense que le succès du projet vient de l’équipe qui l’a porté. On a aussi fait une Foire Aux Questions pour aider les gens à se servir de la plateforme, mais je trouve que le logiciel est assez intuitif de base.

La Foire aux Questions ouverte sur Opé2017

L’après consultation

EM : Toute la consultation a été résumée dans une synthèse : on a extrait tous les avis point par point et on les a problématisés pour rendre le contenu lisible et dynamique. Elle a été envoyée personnellement à chaque personne s’étant impliquée sur la consultation et on l’a diffusée. On a essayé d’être assez transparents en laissant la consultation ouverte pour que chacun puisse vérifier toutes les propositions qui ont été faites. Je trouvais intéressant de laisser la consultation accessible pour des étudiants qui en auraient besoin, c’est un matériel intéressant pour un mémoire par exemple.


  • Quel est le bilan (provisoire) de cette consultation par rapport à votre projet ?  Quelles actions concrètes allez-vous mettre en place à l’issue de celle-ci ?

EM : Globalement on a tous été très satisfaits, ça fait partie de l’un des succès de l’association de l’année dernière. Il n’y a rien eu d’innovant en termes de solutions, mais on a sorti cette consultation de 3 ou 4 propositions qu’on a envoyées aux candidats, beaucoup se sont engagés à nous écouter, Macron notamment. C’est un vrai plus pour notre action de lobbying à l’avenir, ne serait-ce qu’auprès des administrations, ou des cabinets ministériels, d’un côté il y a les engagements des élus, de l’autre nos amendements pour les respecter, le tout étant issu directement des associations et des citoyens.


Quelles sont les prochaines étapes ?

  • Si vous en lancez une autre consultation, que pourriez-vous améliorer ?

EM : C’est beaucoup de travail quand on a d’autres activités à côté, surtout pour la synthèse. Quand on est une organisation et qu’on veut organiser un débat participatif il faut vraiment y placer une personne dédiée, voire plus d’une.

  • Quels enseignements et bonnes pratiques avez-vous tirés de cette consultation ?

EM : L’outil numérique n’est qu’un outil mis à disposition d’un savoir-faire d’animation de débat démocratique, or je n’avais pas ce savoir-faire et j’ai dû apprendre à le faire aux dépens de mon emploi du temps chargé.

  • Êtes-vous satisfaits de l’outil ? Avez-vous des propositions pour l’améliorer ?

EM : DemocracyOS a répondu clairement à mes besoins, sans la plateforme j’aurai fait l’atelier en une journée, j’aurai touché 50 personnes max alors que là on en a touché 200. C’est un vrai progrès démocratique. Après en tant que bon connaisseur du sujet, ça ne m’a rien apporté sur le fond. C’est un outil a usage citoyen surtout. Il nous a apporté beaucoup en tant qu’association : une dynamique, un pouvoir de communication auprès des politiques, un intérêt pour les citoyens, il y a des bénéfices indéniables pour l’association. 


                                                                                    Photos issues de HOP day

EM : Personnellement le travail d’animation et de communication autour de la plateforme m’a pris trop de temps pour que je puisse le réutiliser, il faut vraiment être dédié au projet.

Ma proposition principale pour améliorer l‘outil c’est d’installer la possibilité d’ouvrir plus de sous-onglets au sein d’une discussion : ça rendrait le débat plus cohérent et la synthèse beaucoup plus facile à faire.


  • Quel est votre point de vue sur le mouvement des « civic tech » ? Pensez-vous que les démarches de participation en ligne vont se généraliser ?

EM : Durant ma première année de droit, il y une dizaine d’années, en réponse à ce député qui avait dit « vous ne m’avez pas élu pour que je fasse ce que vous vouliez mais pour que je fasse ce que moi je veux », mon prof de droit constitutionnel disait qu’avec les outils du numérique on pourrait revenir à une démocratie beaucoup plus directe. A l’époque j’avais trouvé ça génial : cet outil c’est finalement un peu comme une agora ! 



EM : Ma question c’est quelle valeur donner à ces avancées démocratiques ? Je reconnais une valeur ajoutée des civic tech : ça créé du débat, ça permet aux citoyens de se réinvestir dans leur citoyenneté, il y a toute une philosophie mais je pense qu’il faille faire attention. Les participations en lignes c’est comme un grand brainstorming géant, mais cela ne représente que 10% de l’action public. Cela ne doit pas écarter les corps intermédiaires et la démocratie représentative à laquelle je crois beaucoup. En outre la politique, c’est aussi et surtout l’art de l’exécution, trouver des majorités, mettre en action l’administration. Sur ce point les civic tech n’apportent pas de réponses à ma connaissance. Comment analyser aussi une opinion donnée à un moment T sur internet ? Quelle valeur quand on sait à quelle point l’opinion est changeante ? Mais malgré ces interrogations, je pense que c’est un outil d’avenir. Pour la généralisation, aujourd’hui il y a peut être une bulle à exploser et puis ça va entrer dans les mœurs doucement.


Un grand merci à Emile pour ses retours !  





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