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mai 2018

Cas d’usage de démocratie participative : la Mairie de Nanterre

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Dans le cadre de la mise en lumière de nos cas d’usages, nous avons interviewé plusieurs utilisateurs et utilisatrices de la plateforme, afin d’obtenir des retours sur son utilisation et mieux conseiller celles et ceux qui souhaiteraient l’utiliser.

Aujourd’hui nous recevons les réponses d’Anne Gaël Chiche, Responsable de l’Agora au sein de la Maison des initiatives citoyennes de la ville de Nanterre, qui utilise depuis 2016 DemocracyOS pour les consultations de la plateforme Participez-Nanterre.fr

Présentation du projet

Anne Gaël: Je suis responsable de l’Agora, la maison des initiatives citoyennes de la ville de Nanterre. Il s’agit d’un tiers lieu dédié à la citoyenneté et au numérique. Sa vocation est de susciter et promouvoir la citoyenneté sous toutes ses formes et de faire vivre le débat local

Nous sommes organisés en trois pôles :

  • le pôle rencontres et débats qui accompagne les initiatives citoyennes, associatives et des services municipaux pour des conférences, projections-débats ou réunions publiques sur des questions d’actualité, de société et le projet de ville.

  • La Wikiradio, http://www.radioagaira-nanterre.fr qui est la radio des initiatives citoyennes

  • Et enfin le pôle innovation et citoyenneté.

  • Entre 2009 et 2013 nous avons expérimenté des consultations numériques via des sites dédiés thématiques, développés en interne.

  • Puis en 2016 nous sommes entrés plus directement dans le sujet des civic tech avec notre plateforme https://participez.nanterre.fr.

Dans quel cadre avez-vous souhaité concerter les citoyens ? Quels types de projets soumettez-vous à consultation ?

La situation de Nanterre au sein de la Métropole, en proximité de la capitale et du quartier d’affaires de La Défense a nécessité dès les années 50 une mobilisation citoyenne et des élus pour rendre effectif le droit à la ville des populations de cette banlieue. C’est à partir de cette culture locale et de la diversité des dispositifs et de l’expérience que nous avons conçu un dispositif de participation intitulé l’Agora permanente.

Nous l’avons inauguré avec les Assises pour la ville : Nanterre change avec vous ! en mars 2016. Depuis 10 campagnes ont été ouvertes, sur des sujets ou des territoires très divers. L’enjeu est de faire débattre tous les acteurs de la ville et de traiter de toutes les politiques publiques pour décider des priorités à venir, comme le projet de réhabilitation et d’aménagement des Papeteries de la seine, un ancien site industriel racheté par un promoteur immobilier, ou encore l’évaluation du plan climat territorial.

A quels objectifs répondent les consultations de l’Agora, à qui s’adressent t-elles ?

Anne Gaël: La plateforme de concertation s’adresse à tous les habitants et usagers du territoire, ceux qui travaillent et étudient à Nanterre.

Selon les cas il s’agit pour nous de mettre à disposition un maximum d’informations en ligne, de proposer des règles claires au débat, de faire converger l’ensemble des paroles récoltées sur le terrain ou en ligne sur la plateforme, et de rendre compte des décisions prises.

Nous recherchons selon les cas la simple manifestation d’intérêt comme dans le cas de l’enquête sur la fibre ou d’aller chercher l’expertise d’usage pour ajuster un projet aux besoins des habitants, ou encore d’animer le débat.

Les valeurs (transparence, ouverture) affirmées par DemocracyOS ont-elle influencé votre choix ? Le fait que le logiciel soit Open Source a t-il été un plus ?

Anne Gaël: absolument, pour la concevoir nous avons organisé un temps fort de design collaboratif, un hackathon, en octobre 2015. Les habitants, associations, élus et agents de la ville ainsi que des développeurs ont été réunis autour de 6 ateliers thématiques, ce qui nous a permis d’aboutir à un cahier des charges orienté exclusivement Open source, c’était une condition.

Pour en savoir plus >> www.nanterredigital.fr/hackathon/

Il s’agissait à la fois de répondre au critère de transparence et d’engager un mouvement de solidarité entre collectivités pour créer des biens communs numériques.

Le citoyen peut vérifier la véracité de la démarche, la sincérité des algorithmes et chaque €uro d’argent public investi dans le développement bénéficie potentiellement à tous les utilisateurs ultérieurs de la plateforme puisque le code est publié sur Github.

C’est un choix politique fort, il n’y a pas de neutralité dans le choix des outils et en matière de concertation c’est essentiel.

Le processus de consultation

Dans quelle mesure les utilisatrices et les utilisateurs se sont-il-elle-s approprié-e-s la consultation ?

Anne Gaël: si nous réussissons à déployer un plan de concertation conséquent avec une bonne mobilisation des communautés d’intérêts et des rendez-vous sur place auprès des habitants, il y a une bonne appropriation.

L’ingénierie de la concertation n’est pas une science exacte, la condition est de poser des questions qui intéressent les gens, au sujet desquelles ils se sentent à la fois légitimes et concernés.

Sur 10 concertations à ce jour nous comptons 1 500 contributions, 9 000 visiteurs uniques, 5 000 habitants impliqués via la plateforme, 25 000 pages vues et plus de 3,15 minutes par visite.

Sans notre intervention sur le terrain en complément de la conversation en ligne, il y a un écueil de« techno-participation ». Il faut aller sur le terrain chercher les publics les plus éloignés.

Avez-vous adopté une méthodologie particulière pour mener à bien les consultations ?

Anne Gaël: chaque concertation donne lieu à une étude préalable du terrain. Ensuite un plan de concertation est rédigé et soumis aux élus. Selon les cas il est fait appel à une agence pour accompagner la concertation, dans ce cas nous essayons de tisser la démarche avec les services et l’agence.

Le plan de concertation prévoit forcément des actions de terrain, au plus près des personnes concernés par le projet : atelier contributif avec le kit de concertation inspiré par le Conseil National du Numérique, sur la loi numérique.

Une bonne pratique consiste aussi à animer la campagne depuis les réseaux sociaux avec des live tweet et des facebook live.

Le retentissement est d’autant plus important que ces contenus alimentent à la fois l’information et les débats.

En cours de campagne, une fois les règles clairement énoncées il est indispensable d’assurer un suivi quotidien et de publier les comptes-rendus des réunions publiques et les réponses aux questions via tweeter ou Facebook.

Le suivi précis de l’ensemble des canaux est d’ailleurs assez délicat mais la plateforme encore une fois nous permet de faire converger l’ensemble, elle devient le lieu ressource, accessible à tous et à tous moments.

L’après consultation

Quel est le bilan des consultations portées sur l’Agora?

Anne Gaël: l’ambition de ce développement des opérations de concertation par un outil de la civic tech était avant tout pour la ville de toucher plus largement et de ce point de vue c’est un succès, même si pour les publics les plus éloignés l’Agora et le service porteur de la démarche doivent développer des actions de médiation.

Le caractère moderne et pratique de la plateforme apporte aussi en termes d’image, c’est valorisant pour la ville et pour les habitants.

Êtes-vous satisfaits de l’outil, quelles sont vos propositions d’amélioration?

Anne Gaël: cette plateforme continue d’être l’outil principal de concertationen ligne et les services de la ville viennent vers nous pour soumettre de nouvelles campagnes.

Nous avons bien sûr à l’usage de nouvelles fonctionnalités en tête, nous avons fait développer le carrousel en Une de la plateforme, qui nous permet de valoriser les campagnes en cours. Nous souhaiterions rendre possible l’éditorialisation des campagnes pour mieux donner à voir l’animation sur le terrain..

Après un an et demi d’expérimentation nous abordons d’ailleurs une phase d’évaluation. Nous sommes accompagnés pour cela par Clément Mabi, sociologue spécialiste de la concertation et des civic tech et enseignant chercheur à l’UTC Compiègne. La première étape a eu lieu pendant le festival Nanterre Digital autour d’un atelier contributif qui a réunit une trentaine de personnes : agents de la ville, élus, habitants, associations et partenaires institutionnels. Il y aura ensuite des entretiens avec les parties prenantes à 3 des concertations déjà menées.

Nous souhaitons en dégager des pistes d’amélioration techniques pour le parcours utilisateur, mais aussi des process en interne et enfin, pourquoi pas si les élus le souhaitent, une ouverture à la soumission de débats par les citoyens et les associations.