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Cas d’usage

Cas d’usage de démocratie participative : la Mairie de Nanterre

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Dans le cadre de la mise en lumière de nos cas d’usages, nous avons interviewé plusieurs utilisateurs et utilisatrices de la plateforme, afin d’obtenir des retours sur son utilisation et mieux conseiller celles et ceux qui souhaiteraient l’utiliser.

Aujourd’hui nous recevons les réponses d’Anne Gaël Chiche, Responsable de l’Agora au sein de la Maison des initiatives citoyennes de la ville de Nanterre, qui utilise depuis 2016 DemocracyOS pour les consultations de la plateforme Participez-Nanterre.fr

Présentation du projet

Anne Gaël: Je suis responsable de l’Agora, la maison des initiatives citoyennes de la ville de Nanterre. Il s’agit d’un tiers lieu dédié à la citoyenneté et au numérique. Sa vocation est de susciter et promouvoir la citoyenneté sous toutes ses formes et de faire vivre le débat local

Nous sommes organisés en trois pôles :

  • le pôle rencontres et débats qui accompagne les initiatives citoyennes, associatives et des services municipaux pour des conférences, projections-débats ou réunions publiques sur des questions d’actualité, de société et le projet de ville.

  • La Wikiradio, http://www.radioagaira-nanterre.fr qui est la radio des initiatives citoyennes

  • Et enfin le pôle innovation et citoyenneté.

  • Entre 2009 et 2013 nous avons expérimenté des consultations numériques via des sites dédiés thématiques, développés en interne.

  • Puis en 2016 nous sommes entrés plus directement dans le sujet des civic tech avec notre plateforme https://participez.nanterre.fr.

Dans quel cadre avez-vous souhaité concerter les citoyens ? Quels types de projets soumettez-vous à consultation ?

La situation de Nanterre au sein de la Métropole, en proximité de la capitale et du quartier d’affaires de La Défense a nécessité dès les années 50 une mobilisation citoyenne et des élus pour rendre effectif le droit à la ville des populations de cette banlieue. C’est à partir de cette culture locale et de la diversité des dispositifs et de l’expérience que nous avons conçu un dispositif de participation intitulé l’Agora permanente.

Nous l’avons inauguré avec les Assises pour la ville : Nanterre change avec vous ! en mars 2016. Depuis 10 campagnes ont été ouvertes, sur des sujets ou des territoires très divers. L’enjeu est de faire débattre tous les acteurs de la ville et de traiter de toutes les politiques publiques pour décider des priorités à venir, comme le projet de réhabilitation et d’aménagement des Papeteries de la seine, un ancien site industriel racheté par un promoteur immobilier, ou encore l’évaluation du plan climat territorial.

A quels objectifs répondent les consultations de l’Agora, à qui s’adressent t-elles ?

Anne Gaël: La plateforme de concertation s’adresse à tous les habitants et usagers du territoire, ceux qui travaillent et étudient à Nanterre.

Selon les cas il s’agit pour nous de mettre à disposition un maximum d’informations en ligne, de proposer des règles claires au débat, de faire converger l’ensemble des paroles récoltées sur le terrain ou en ligne sur la plateforme, et de rendre compte des décisions prises.

Nous recherchons selon les cas la simple manifestation d’intérêt comme dans le cas de l’enquête sur la fibre ou d’aller chercher l’expertise d’usage pour ajuster un projet aux besoins des habitants, ou encore d’animer le débat.

Les valeurs (transparence, ouverture) affirmées par DemocracyOS ont-elle influencé votre choix ? Le fait que le logiciel soit Open Source a t-il été un plus ?

Anne Gaël: absolument, pour la concevoir nous avons organisé un temps fort de design collaboratif, un hackathon, en octobre 2015. Les habitants, associations, élus et agents de la ville ainsi que des développeurs ont été réunis autour de 6 ateliers thématiques, ce qui nous a permis d’aboutir à un cahier des charges orienté exclusivement Open source, c’était une condition.

Pour en savoir plus >> www.nanterredigital.fr/hackathon/

Il s’agissait à la fois de répondre au critère de transparence et d’engager un mouvement de solidarité entre collectivités pour créer des biens communs numériques.

Le citoyen peut vérifier la véracité de la démarche, la sincérité des algorithmes et chaque €uro d’argent public investi dans le développement bénéficie potentiellement à tous les utilisateurs ultérieurs de la plateforme puisque le code est publié sur Github.

C’est un choix politique fort, il n’y a pas de neutralité dans le choix des outils et en matière de concertation c’est essentiel.

Le processus de consultation

Dans quelle mesure les utilisatrices et les utilisateurs se sont-il-elle-s approprié-e-s la consultation ?

Anne Gaël: si nous réussissons à déployer un plan de concertation conséquent avec une bonne mobilisation des communautés d’intérêts et des rendez-vous sur place auprès des habitants, il y a une bonne appropriation.

L’ingénierie de la concertation n’est pas une science exacte, la condition est de poser des questions qui intéressent les gens, au sujet desquelles ils se sentent à la fois légitimes et concernés.

Sur 10 concertations à ce jour nous comptons 1 500 contributions, 9 000 visiteurs uniques, 5 000 habitants impliqués via la plateforme, 25 000 pages vues et plus de 3,15 minutes par visite.

Sans notre intervention sur le terrain en complément de la conversation en ligne, il y a un écueil de« techno-participation ». Il faut aller sur le terrain chercher les publics les plus éloignés.

Avez-vous adopté une méthodologie particulière pour mener à bien les consultations ?

Anne Gaël: chaque concertation donne lieu à une étude préalable du terrain. Ensuite un plan de concertation est rédigé et soumis aux élus. Selon les cas il est fait appel à une agence pour accompagner la concertation, dans ce cas nous essayons de tisser la démarche avec les services et l’agence.

Le plan de concertation prévoit forcément des actions de terrain, au plus près des personnes concernés par le projet : atelier contributif avec le kit de concertation inspiré par le Conseil National du Numérique, sur la loi numérique.

Une bonne pratique consiste aussi à animer la campagne depuis les réseaux sociaux avec des live tweet et des facebook live.

Le retentissement est d’autant plus important que ces contenus alimentent à la fois l’information et les débats.

En cours de campagne, une fois les règles clairement énoncées il est indispensable d’assurer un suivi quotidien et de publier les comptes-rendus des réunions publiques et les réponses aux questions via tweeter ou Facebook.

Le suivi précis de l’ensemble des canaux est d’ailleurs assez délicat mais la plateforme encore une fois nous permet de faire converger l’ensemble, elle devient le lieu ressource, accessible à tous et à tous moments.

L’après consultation

Quel est le bilan des consultations portées sur l’Agora?

Anne Gaël: l’ambition de ce développement des opérations de concertation par un outil de la civic tech était avant tout pour la ville de toucher plus largement et de ce point de vue c’est un succès, même si pour les publics les plus éloignés l’Agora et le service porteur de la démarche doivent développer des actions de médiation.

Le caractère moderne et pratique de la plateforme apporte aussi en termes d’image, c’est valorisant pour la ville et pour les habitants.

Êtes-vous satisfaits de l’outil, quelles sont vos propositions d’amélioration?

Anne Gaël: cette plateforme continue d’être l’outil principal de concertationen ligne et les services de la ville viennent vers nous pour soumettre de nouvelles campagnes.

Nous avons bien sûr à l’usage de nouvelles fonctionnalités en tête, nous avons fait développer le carrousel en Une de la plateforme, qui nous permet de valoriser les campagnes en cours. Nous souhaiterions rendre possible l’éditorialisation des campagnes pour mieux donner à voir l’animation sur le terrain..

Après un an et demi d’expérimentation nous abordons d’ailleurs une phase d’évaluation. Nous sommes accompagnés pour cela par Clément Mabi, sociologue spécialiste de la concertation et des civic tech et enseignant chercheur à l’UTC Compiègne. La première étape a eu lieu pendant le festival Nanterre Digital autour d’un atelier contributif qui a réunit une trentaine de personnes : agents de la ville, élus, habitants, associations et partenaires institutionnels. Il y aura ensuite des entretiens avec les parties prenantes à 3 des concertations déjà menées.

Nous souhaitons en dégager des pistes d’amélioration techniques pour le parcours utilisateur, mais aussi des process en interne et enfin, pourquoi pas si les élus le souhaitent, une ouverture à la soumission de débats par les citoyens et les associations.

Cas d’usage : l’Agence du Numérique

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Une consultation au service d’une société numérique innovante et inclusive

 

Une consultation au service d’une société numérique innovante et inclusive

Dans le cadre de la mise en lumière de nos cas d’usages, nous avons interviewé plusieurs utilisateurs et utilisatrices de la plateforme, afin d’obtenir des retours sur son utilisation et mieux conseiller celles et ceux qui souhaiteraient l’utiliser.

Aujourd’hui nous recevons les réponses d’Orianne Ledroit directrice du pôle Société Numérique de l’Agence du Numérique — une agence incorporée à l’intérieur du ministère de l’économie — qui a lancé une consultation DemocracyOS.

Présentation du projet

Orianne Ledroit : Je suis cheffe du pôle Société Numérique, au sein de l’Agence du Numérique, dont l’ambition est de collaborer à faire émerger une société numérique innovante et inclusive.

  • Dans quel cadre avez-vous souhaité concerté les citoyens et citoyennes? Pourquoi avez-vous lancé une consultation ?

Orianne : Nous avons lancé une concertation ouverte pour co-élaborer avec toutes les parties prenantes (collectivités locales, acteurs de la littératie numérique, communautés et activistes, entreprises, etc.) une plateforme boite à outils utile à la construction de stratégies numériques locales.

Orianne : Nous avons lancé cette concertation dans un double objectif : sur le fond, il s’agissait pour construire une vraie boite à outils opérationnelle d’engager une dynamique collective de co-construction en faisant émerger des idées et des bonnes pratiques. Sur la forme, il s’agissait aussi d’attirer l’attention des acteurs et écosystèmes locaux sur le sujet des stratégies numériques de territoire, sur leur importance et sur l’exigence de penser l’accompagnement aux usages numériques.

La concertation s’adressait à toutes les structures et collectivités territoriales qui interviennent et, ou, peuvent intervenir dans l’élaboration et la mise en œuvre de stratégies numériques locales.

  • Pourquoi avoir choisi DemocracyOS ?

Orianne : Les raisons du choix de DemocracyOS sont simples :

  • c’est un outil open source, ce qui était pour nous une exigence impérative.

  • il était rendu disponible aux administrations dans le cadre de l’OGP Toolbox initiée par ETALAB (nous avons d’ailleurs été la première administration a utiliser un outil de l’OGP Toolbox pour faire une concertation en ligne)

Orianne :

  • c’est un outil qui correspondait à nos besoins, qui était facile d’utilisation et que nous maîtrisions au sein de l’équipe (Pierre-Louis qui travaille dans le pôle l’avait déjà expérimenté dans ses précédentes fonctions à la mairie de Nanterre).

  • Les valeurs (transparence, ouverture) affirmées par DemocracyOS ont-elles influencé votre choix ?

Orianne : En tant qu’administration, nous considérions qu’il est impératif d’être exemplaire en la matière. Nous n’aurions pas choisi de logiciel non open source.

Sourcewww.legifrance.gouv.fr

Orianne : Non seulement l’article 16 de la Loi pour une République Numérique encourage les administrations à recourir aux logiciels libres, mais la France s’est aussi engagée, par souci de transparence, à utiliser des logiciels libres dans ses démarches de gouvernement ouvert, à travers l’action collective 19 de la Déclaration de Paris signée par le Président de la République à l’issue du sommet OGP. Enfin, le Conseil d’orientation de l’édition publique et de l’information administrative (COEPIA), placé auprès du Premier Ministre, recommande l’utilisation de plateformes libres pour les consultations en ligne.

Le processus de consultation

  • Quelle a été la temporalité de la consultation ?

Orianne : La concertation a été ouverte du 8 février au 24 mars 2017. Nous l’avons clôturée au début de la période de réserve électorale.

  • Certains sujets ont-ils mobilisé plus largement ?

Orianne : Oui, certains des sujets furent plus traités que d’autres notamment celui de l’élaboration des stratégies d’accompagnement au numérique (de médiation numérique) qui recouvrent les actions locales mises en oeuvre pour favoriser l’appropriation du numérique par tous les habitants. Cette thématique a reçu 36 contributions et a été traitée dans 11 ateliers. La médiation numérique est un des sujets historiques sur lequel travaille le pôle Société Numérique. Nos partenaires ont donc été nombreux à se mobiliser : cette concertation offrait une fenêtre d’opportunité pour valoriser des expériences réussies et faire émerger des idées collectives. La thématique qui visait à établir une méthodologie pour mettre en place un diagnostic numérique du territoire a également été beaucoup traitée, notamment car c’est une vraie demande des territoires de pouvoir examiner les forces en présence et identifier les besoins en matière d’usages et services numériques.

  • Dans quelle mesure les utilisatrices et les utilisateurs se sont-il-elle-s approprié-e-s la consultation ?

Orianne : Près de 300 personnes se sont inscrites sur la plateforme. 200 contributions ont été déposées. Près de 300 citoyens et experts ont été mobilisés lors de 26 ateliers organisés dans les territoires (métropole et outre-mer). Nous avions pour ces ateliers fourni un kit méthodologique pour organiser une session collective de travail.

  • Quelles fonctionnalités de DemocracyOS ont été principalement utilisées ? Lesquelles vous semblent les plus pertinentes ?

Orianne : Les contributions collectives sont intéressantes car elles permettent d’animer localement et physiquement des temps de travail qui aboutissent à une contribution en ligne.Exemple de contribution collective sur la consultation

Exemple de contribution collective sur la consultation

Orianne : Les commentaires sont aussi une fonctionnalité intéressante puisqu’elle permet de créer de l’interaction et donc de l’intelligence collective dans le débat.

La fonctionnalité de vote est utile pour les personnes intéressées par la démarche, qui lisent les contributions mais ne souhaitent/peuvent pas commenter. C’est une manière rapide de contribuer et de faire savoir son intérêt.

Enfin, le classement des contributions par ordre d’adhésion permet aussi de mettre facilement en lumière les suggestions les plus appréciées.

  • Avez-vous adopté une méthodologie particulière pour mener à bien la consultation ?

Orianne : Nous avons organisé la communication de la concertation en temps réel afin de valoriser les contributions déposées et les thématiques soumises à débat. Nous utilisions essentiellement des mailings pour solliciter l’ensemble de nos partenaires, de manière régulière (une fois par semaine) ainsi que les réseaux sociaux de l’Agence pour mettre en lumière certaines contributions les plus appréciées ou les plus « polémiques » et faire réagir.

Nous avons rendu disponible un kit méthodologique permettant à toute personne de réaliser un atelier collectif sur la concertation en ligne.

Nous avons par ailleurs dès le début affiché, en transparence, la timeline de réalisation du projet de plateforme.

L’après consultation

  • Quel est le bilan (provisoire) de cette consultation par rapport à votre projet ? Quelles actions concrètes allez-vous mettre en place à l’issue de celle-ci ?

Orianne : Nous avons eu de nombreuses contributions et identifié des expertises et bonnes pratiques bien plus nombreuses que prévu. Nous avons aussi constitué une première communauté de contributeurs et d’experts de ces sujets et les avons mobilisés pour co-construire avec nous la plateforme. L’objectif désormais est de continuer à alimenter cette communauté. Nous avons publié la synthèse de la concertation. Nous les réunissons désormais en organisant des workshops pour continuer à co-élaborer les contenus de la plateforme et challenger les idées déposées dans les contributions. Nous avons par exemple réunis 65 personnes lors d’un Ministère Ouvert en présence du Secrétaire d’Etat chargé du Numérique, Mounir Mahjoubi, jeudi 6 juillet dernier.

Quelles sont les prochaines étapes ?

Orianne : Nous travaillons à rendre ce travail collectif dynamique. Nous réfléchissons par exemple à organiser des ateliers de manière hebdomadaire, afin de rendre la participation plus simple, plus accessible et moins institutionnelle. L’été va nous permettre d’affiner notre feuille de route et d’envisager plus concrètement l’élaboration de la plateforme boite à outils.

  • Comment avez-vous choisi de présenter les résultats aux citoyen-ne-s ?

Orianne : Nous avons publié une synthèse des contributions sur notre site et l’avons diffusée à tous les contributeurs.

Nous avons aussi réalisé une cartographie des contributions institutionnelles et ateliers et mis les données sur data.gouv.fr.

La presse a aussi relayé notre concertation (suite à la publication d’un communiqué de presse au lancement de la concertation et suite à la diffusion de la synthèse en aval).

  • Etes vous satisfaite de DemocracyOS et avez-vous des propositions pour l’améliorer ?

Orianne : Nous pourrions réutiliser l’outil pour une concertation future.

Quelques suggestions :

• disposer d’une visualisation des données (sous forme de dashboard)

• disposer d’un lien vers les contributions individuelles pour faciliter le sourcing lors de la production de synthèse

• disposer d’une homepage pour publier des brèves d’actualité sur le déroulé de la concertation

• améliorer l’export des fichiers

  • Quel est votre point de vue sur le mouvement des « civic tech » ? Pensez-vous que les démarches de participation en ligne vont se généraliser ?

Orianne : Le mouvement est divers et hétérogène (sur les principes, sur les valeurs, sur les modèles). Il traduit une envie de renouvellement démocratique, ce qui est positif. Il se limite encore trop à une « élite urbaine hyper intégrée ». Au sein de l’Agence du Numérique, nous étudions ces phénomènes avec la plus grande attention. Nous avons d’ailleurs financé une enquête intitulée #Capacity qui vise à confronter les promesses de l’empowerment par le numérique avec la réalité des usages et bénéfices tirés par les Français.

91% des Français ne considèrent pas Internet comme un outil pour s’engager politiquement. Par ailleurs, près de 20% des Français ne sont pas à l’aise avec Internet aujourd’hui.

Avant de penser civictech, il faut penser collectivement des réponses aux besoins d’accompagnement au numérique de la population française et travailler à favoriser l’appropriation du numérique par tous. C’est ce sur quoi nous travaillons au sein du pôle Société Numérique ; notamment en œuvrant à fédérer toutes les initiatives publiques et privées autour d’une coopérative d’intérêt collectif nationale — La Mednum — en cours de création et dans laquelle certains acteurs de la civictech se sont déjà engagés.

Un grand merci à Orianne pour ses retours !

Focus sur les cas d’usages : la consultation d’Opé2017

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Les débuts de DemocracyOS France

 

Opé2017 : une consultation pour lutter contre l’obsolescence programmée

Dans le cadre de la mise en lumière de nos cas d’usages, nous avons interviewé plusieurs utilisateurs et utilisatrices de la plateforme, afin d’obtenir des retours sur son utilisation et mieux conseiller celles et ceux qui souhaiteraient l’utiliser.

Aujourd’hui Emile Meunier, avocat et militant contre l’obsolescence programmée au sein de l’association Halte à l’Obsolescence Programmée (HOP) répond à nos questions après avoir lancé une consultation DemocracyOS.

_Présentation du projet _

*

Emile Meunier : Opé2017 est un projet où plusieurs associations contre l’Obsolescence Programmée se sont alliées pour mettre la question de l’obsolescence programmée à l’ordre du jour de la campagne et recueillir, grâce à l’ouverture de la plateforme, différents avis sur la question. L’idée c’est que tout le monde participe : associations, citoyens, experts et entreprises.

  • Dans quel cadre avez-vous souhaité concerté les citoyens ? Pourquoi avez-vous lancé une consultation ?

EM : Opé 2017 a concerté les citoyens dans le cadre des campagnes présidentielles puis législatives, afin de pouvoir réunir les avis d’un grand nombre de citoyens et d’acteurs. L’idée était d’allier, au travers d’une consultation, l’ensemble du corpus d’associations qui luttent contre l’obsolescence programmée sur les points qui les rassemblent afin d’amener des propositions concrètes aux candidats.

Opé 2017 regroupe : HOPLes Amis de la TerreUFC que choisirZeroWaste FranceCommunityGreen It et DemocracyOS.

Les associations impliquées dans Opé2017

EM : La plateforme s’adresse à tout le monde, mais on a eu beaucoup de retours de citoyens engagés qui connaissent bien le sujet, et très peu de retours d’entreprises.

  • Comment avez-vous connu DemocracyOS ?

EM : J’ai eu l’idée de faire cette plateforme parce que c’est dans l’air du temps, je lis pas mal au sujet des civic tech. Parmi les outils j’ai choisi DemocracyOS car vous proposiez de vous associer au projet de l’Opé2017 c’est-à-dire travailler gratuitement contre la promotion de la plateforme dans le milieu militant.

  • Les valeurs (transparence, ouverture) affirmées par DemocracyOS ont-elles influencé votre choix ? Le fait que le logiciel soit Open-Source a t-il été un plus ?

EM : Oui ce fut clairement un plus. Nous sommes des croyants pratiquants et l’open-source est présentée comme manière de lutter contre l’obsolescence programmée en mettant à disposition des outils de réparation notamment donc on s’est dit autant l’appliquer à notre cause.

Le processus de consultation

  • Quelle a été la temporalité de la consultation ?

EM : La plateforme est toujours ouverte mais le débat s’est terminé par lui-même après un mois de participations, à la clôture du débat.

  • Certains sujets ont-ils mobilisé plus largement ?

Liste des sujets ouverts sur la consultation Opé2017

EM : Les sujets ont mobilisé de façon équilibrée sauf celui sur l’obsolescence logiciel, qui fut moins débattu car plus technique. C’était un débat de 10 personnes mais un débat d’experts.

  • Dans quelle mesure les utilisatrices et les utilisateurs se sont-il-elle-s approprié-e-s la consultation ?

EM : Avec 5 ateliers physiques, environ 200 participants se sont mobilisés pour 132 contributions. J’avais mis des questions structurées mais les gens parlaient librement du thème. On a quand même réussi à trouver l’équilibre entre une questions trop généraliste et quelque chose de trop technique pour le citoyen moyen. En termes de participation on est allé au-delà des attentes espérées. Après, mis à part quelques propositions iconoclastes, généralement cela a plutôt conforté ma pensé que résolu de véritables problèmes. Mais c’est important que ce que nous pensons soit dit par d’autres pour apporter de la légitimité en tant que proposition citoyenne.

  • Quelles fonctionnalités de DemocracyOS ont été principalement utilisées ? Lesquelles vous semblent les plus pertinentes ?

EM : Une seule entreprise a sorti une contribution collective mais ce sont les commentaires et les votes qui ont été les plus utilisés. J’ai bien aimé les fiches d’informations, on peut mettre des documents plus complets, informer les participants, c’est vraiment utile.

Documentations supplémentaires disponibles pour alimenter le débat.

  • Avez-vous adopté une méthodologie particulière pour mener à bien la consultation ?

EM : On a organisé un atelier sur une journée avec une participation physique qu’on a faite passer en tant que contribution collective sur la plateforme à la fin de la journée.

Proposition issue d’un atelier physique portée par 15 personnes.

EM : En termes de communication on a beaucoup partagé sur les réseaux de chaque association et là l’impact est énorme. Personnellement j’ai pris une après-midi pour aller contacter chaque personne qui devait participer, leur expliquer la démarche et les inviter à se mobiliser, cela représente beaucoup de travail. Je pense que le succès du projet vient de l’équipe qui l’a porté. On a aussi fait une Foire Aux Questions pour aider les gens à se servir de la plateforme, mais je trouve que le logiciel est assez intuitif de base.

La Foire aux Questions ouverte sur Opé2017

L’après consultation

  • Comment avez-vous choisi de présenter les résultats aux citoyen-ne-s ?

EM : Toute la consultation a été résumée dans une synthèse : on a extrait tous les avis point par point et on les a problématisés pour rendre le contenu lisible et dynamique. Elle a été envoyée personnellement à chaque personne s’étant impliquée sur la consultation et on l’a diffusée. On a essayé d’être assez transparents en laissant la consultation ouvertepour que chacun puisse vérifier toutes les propositions qui ont été faites. Je trouvais intéressant de laisser la consultation accessible pour des étudiants qui en auraient besoin, c’est un matériel intéressant pour un mémoire par exemple.

  • Quel est le bilan (provisoire) de cette consultation par rapport à votre projet ?  Quelles actions concrètes allez-vous mettre en place à l’issue de celle-ci ?

EM : Globalement on a tous été très satisfaits, ça fait partie de l’un des succès de l’association de l’année dernière. Il n’y a rien eu d’innovant en termes de solutions, mais on a sorti cette consultation de 3 ou 4 propositions qu’on a envoyées aux candidats, beaucoup se sont engagés à nous écouter, Macron notamment. C’est un vrai plus pour notre action de lobbying à l’avenir, ne serait-ce qu’auprès des administrations, ou des cabinets ministériels, d’un côté il y a les engagements des élus, de l’autre nos amendements pour les respecter, le tout étant issu directement des associations et des citoyens.


Quelles sont les prochaines étapes ?

  • Si vous en lancez une autre consultation, que pourriez-vous améliorer ?

EM : C’est beaucoup de travail quand on a d’autres activités à côté, surtout pour la synthèse. Quand on est une organisation et qu’on veut organiser un débat participatif il faut vraiment y placer une personne dédiée, voire plus d’une.

  • Quels enseignements et bonnes pratiques avez-vous tirés de cette consultation ?

EM : L’outil numérique n’est qu’un outil mis à disposition d’un savoir-faire d’animation de débat démocratique, or je n’avais pas ce savoir-faire et j’ai dû apprendre à le faire aux dépens de mon emploi du temps chargé.

  • Êtes-vous satisfaits de l’outil ? Avez-vous des propositions pour l’améliorer ?

EM : DemocracyOS a répondu clairement à mes besoins, sans la plateforme j’aurai fait l’atelier en une journée, j’aurai touché 50 personnes max alors que là on en a touché 200. C’est un vrai progrès démocratique. Après en tant que bon connaisseur du sujet, ça ne m’a rien apporté sur le fond. C’est un outil a usage citoyen surtout. Il nous a apporté beaucoup en tant qu’association : une dynamique, un pouvoir de communication auprès des politiques, un intérêt pour les citoyens, il y a des bénéfices indéniables pour l’association.

                                                                                    Photos issues de HOP day

EM : Personnellement le travail d’animation et de communication autour de la plateforme m’a pris trop de temps pour que je puisse le réutiliser, il faut vraiment être dédié au projet.

Ma proposition principale pour améliorer l‘outil c’est d’installer la possibilité d’ouvrir plus de sous-onglets au sein d’une discussion : ça rendrait le débat plus cohérent et la synthèse beaucoup plus facile à faire.

  • Quel est votre point de vue sur le mouvement des « civic tech » ? Pensez-vous que les démarches de participation en ligne vont se généraliser ?

EM : Durant ma première année de droit, il y une dizaine d’années, en réponse à ce député qui avait dit « vous ne m’avez pas élu pour que je fasse ce que vous vouliez mais pour que je fasse ce que moi je veux », mon prof de droit constitutionnel disait qu’avec les outils du numérique on pourrait revenir à une démocratie beaucoup plus directe. A l’époque j’avais trouvé ça génial : cet outil c’est finalement un peu comme une agora !


EM : Ma question c’est quelle valeur donner à ces avancées démocratiques ? Je reconnais une valeur ajoutée des civic tech : ça créé du débat, ça permet aux citoyens de se réinvestir dans leur citoyenneté, il y a toute une philosophie mais je pense qu’il faille faire attention. Les participations en lignes c’est comme un grand brainstorming géant, mais cela ne représente que 10% de l’action public. Cela ne doit pas écarter les corps intermédiaires et la démocratie représentative à laquelle je crois beaucoup. En outre la politique, c’est aussi et surtout l’art de l’exécution, trouver des majorités, mettre en action l’administration. Sur ce point les civic tech n’apportent pas de réponses à ma connaissance. Comment analyser aussi une opinion donnée à un moment T sur internet ? Quelle valeur quand on sait à quelle point l’opinion est changeante ? Mais malgré ces interrogations, je pense que c’est un outil d’avenir. Pour la généralisation, aujourd’hui il y a peut être une bulle à exploser et puis ça va entrer dans les mœurs doucement.

Un grand merci à Emile pour ses retours !  

DemocracyOS France : what’s on ?

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DemocracyOS France : what’s on ?Les communs numériques

En cette année riche en élections, DemocracyOS continue d’agir pour que les citoyen.nes redeviennent acteur.ices de la vie politique. Nous sommes convaincu.es que le numérique est un formidable outil pour transformer le fonctionnement de notre démocratie, en impliquant davantage et sur la durée les citoyen.nes tout en s’appuyant sur l’intelligence collective. Pour que ce changement ait lieu, nous revendiquons avec détermination notre volonté d’être ouverts, transparents, collaboratifs et inclusifs. Pour que les “civic-tech” permettent concrètement de renforcer la participation citoyenne, il est fondamental que ces outils soient à l’image de celles et ceux qui les utilisent. Alors, construisons-les ensemble !

2016, au cœur de l’effervescence des “civic -tech”

En 2016, les initiatives “civic tech” se sont multipliées, en réponse à une véritable demande de renouveau des pratiques démocratiques. L’agenda français étant également à l’Open Governement, nous nous sommes impliqué.es dans la préparation de l’Open Government Partnership Summit afin d’y porter notre vision de l’Open Gov et d’y proposer des actions concrètes, notamment au travers du hackathon mondial OGP Toolbox, en rencontrant des activistes souhaitant utiliser notre outil, ou encore en travaillant avec des étudiant.e.s sur la participation au sein des universités.

Notre projet Open Democracy Now, qui s’engage à co-développer des solutions libres et ouvertes pour la démocratie, a organisé la veille de l’Open Government Partnership Summit aux côtés de g0v.tw et l’Open Culture Foundation une Open Civil Society Night : une soirée réunissant des projets civic-tech open source du monde entier.

Par ailleurs, nous avons mené de nombreux projets de front : de l’ouverture de plusieurs consultations (Ville de Nanterre, associations Halte à l’Obsolescence et Open Law, collectif #MaVoix, etc.), à la victoire de notre projet Empowering Student lors de la Student Demo Cup, en passant par le projet Rapporteurs Citoyens en partenariat avec regards Citoyens et Faistaloi.org, ou encore l’ouverture de partenariats internationaux.

Tous ces projets nous ont permis d’asseoir nos certitudes : au sein des démarches de “civic-tech”, l’ouverture est aussi fondamentale que réalisable. Nous ne cesserons d’inviter nos utilisateur.ices à garantir la transparence et la sincérité des consultations qu’ils lancent, en respectant les principes de l’Open Source et en ouvrant les données sous une licence Open Data. En outre, nous les encourageons vivement à dépasser une simple approche « outil » : une consultation est une démarche globale, qui demande une méthodologie adaptée, la mobilisation de ressources pour animer le processus, ainsi que des engagements forts sur la prise en compte de la parole des citoyens une fois la consultation close.

Depuis la rentrée, nous nous sommes progressivement restructuré.e.s et nous avons évolué. Bien que toujours concentré.es sur nos objectifs, nous avons décidé d’adapter nos moyens d’actions et nos priorités, en plaçant la communauté de DemocracyOS au cœur de nos projets.

2017, ouvrir et pérenniser notre action

Depuis le début de l’année, DemocracyOS poursuit quelques grands axes forts, centrés autour de la diffusion de l’outil et du développement de la communauté qui le porte.

Faire progresser DemocracyOS avec vous

La communauté est au cœur des actions de DemocracyOS. Qui forme concrètement cette communauté et quel est son rôle ? Dans un projet Open Source, la communauté rassemble l’ensemble des acteur.ices qui gravitent autour de l’outil et des usages qui en sont faits. Sont donc concerné.es celles et ceux qui contribuent à améliorer le code de l’outil, qui l’utilisent à petite ou grande échelle, mais aussi qui l’observent de près ou de loin, qui le questionnent, font remonter des dysfonctionnements, proposent des pistes d’amélioration, en résumé tou.te.s celles et ceux qui le font progresser et s’ouvrir à de nouveaux horizons.

Unir nos énergies à l’international

DemocracyOS est née en Argentine en 2012. Il y a quelques années, nous avions fait le choix de dupliquer la version argentine pour développer une autre version, plus adaptée au contexte français.

Aujourd’hui, nous souhaitons fusionner à nouveau avec la version Argentine, et unir nos énergies à l’international pour que l’outil ne cesse de progresser.

Democracia en Red, les membres de DemocracyOS en argentine.

Bénéficiant ainsi d’une communauté internationale et renforçant nos partenariats hors-frontières, notre action s’enrichit de nouveaux retours d’expérience et de nouveaux axes de développement.

Mettre nos utilisateur.ices en lumière

Collectivités locales, associations, candidat.es et élu.es, mouvements ou partis politiques, administrations, gouvernements… Les acteur.ices qui font le choix d’utiliser DemocracyOS sont divers et adressent des enjeux différents.

Pour mieux appréhender les différents usages qui peuvent être faits autour de DemocracyOS, nous répertorions les cas d’usage au fur et à mesure sur notre site.

Dans l’optique de représenter tous les enjeux et les bénéfices d’une consultation, nous initions également une série d’interviews autour d’expériences en cours ou terminées.

Déployer un écosystème d’acteurs innovants

Nous souhaitons travailler avec des acteur.ices qui fournissent du service autour de DemocracyOS, par exemple : installation d’une instance DemocracyOS customisée sur mesure, développement de fonctionnalités spécifiques, accompagnement méthodologique, animation de la consultation, etc.

Nous acceptons tout partenariat, du moment que les règles du jeux sont respectées : les modifications du code apportées par le prestataire doivent être reversées en open-source à toute la communauté, afin que chaque acteur.ice puisse bénéficier des améliorations de l’outil.

Pour cela, nous créons les conditions favorables à l’émergence d’un écosystème innovant, en proposant de certifier les compétences de contributeur.ices ayant acquis une expertise technique sur DemocracyOS, et qui adhérent à la philosophie et aux valeurs du projet. Ces personnes bénéficient ainsi d’une sorte d’ « habilitation » par la communauté à fournir du service autour de notre logiciel. L’objectif ? Etablir des rapports de confiance avec nos partenaires.

N’hésitez pas à vous rapprocher de nous pour en savoir plus !

Open Democracy Now continue en 2017

Notre volonté de garantir plus d’ouverture et de transparence dans la “civic tech” se concrétise également par la co-organisation du projet Open Democracy Now, depuis janvier 2015. Depuis 2015, nous co-organisons le projet Open Democracy Now qui fédère une trentaine d’initiatives “civic-tech”, autour du développement concret de projets libres et open source pour une démocratie ouverte et participative.

Ainsi, nous organisons tous les deux mois environ des grandes rencontres sous la forme d’ateliers de travail, réunissants développeurs, graphistes, juristes, chercheurs, étudiants, sociologues ou encore des citoyens motivés pour faire progresser chaque projet.

Très rapidement, nous avons dépassé une approche simplement “outils” pour réfléchir collectivement aux méthodologies et valeurs qui doivent être associées aux démarches de participation en ligne.

Il existe tellement d’outils et d’initiatives, que souhaitons aussi empêcher l’isolement des différents projets, qui freinerait toute dynamique commune. S’il est crucial de ne rien centraliser, de multiplier les expérimentations, d’agir horizontalement, il demeure important de s’organiser en réseau. Construire la civic-tech comme un écosystème cohérent où les outils fonctionnent ensemble et se complètent nous semble au contraire indispensable pour engager des actions impactantes. Open Democracy Now nous permet de mieux nous connaître, de mutualiser certaines ressources, de créer des complémentarités et de mieux comprendre les attentes des utilisateurs.

A ce titre, DemocracyOS, en plus de co- organiser le projet Open Democracy Now, y participe en tant qu’atelier, afin de faire découvrir notre plateforme, accueillir de nouveaux contributeurs, bref, la faire évoluer en synergie avec ses utilisateur.rices.

Rendez-vous le 4 juillet prochain chez Volumes Coworking pour une grande soirée Open Democracy Now où nous recevrons Pia Mancini !

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Open By Design

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#La civic-tech française risque de se détourner de la création des biens communs numériques

Article publié dans Medium @OpenSourcePolitics rédigé par Valentin Chaput à l’occasion du lancement du rapport de Point d’aencrage

Notre génération aspire à créer un monde plus collaboratif. Les enjeux de notre époque ne nous laissent de toute façon pas le choix. Nous devons changer en profondeur le fonctionnement de notre démocratie si nous ne voulons pas qu’elle soit emportée à court terme par la défiance, la colère et le renoncement. Le numérique, qui nous offre la promesse d’abaisser les barrières d’accès à l’information et à l’échange, est une partie de la réponse. Mais les modèles classiques résistent et, en croyant les dépasser, nous aggravons parfois leurs torts. OuiShare l’a observé sur l’économie dite « du partage », absorbée par la croissance fulgurante de géants comme Uber qui ont rapidement préféré la lucrativité à la transformation sociale. Nous risquons de voir exactement le même phénomène s’appliquer à la civic-tech française, que nous célébrons en grande pompe du 7 au 9 décembre dans les plus beaux palais de la République lors du sommet mondial du Partenariat pour un Gouvernement ouvert que la France préside cette année.

Nous sommes collectivement responsables d’avoir laissé grandir la confusion qui entoure la civic-tech, cet objet politique non-identifié derrière lequel nous nous sommes réfugiés avec espoir et enthousiasme. Nous avons décliné un jargon fleuri composé d’« open gov », de « hackathon », d’« open data », d’« API », de « do it yourself », de « crowdsourcing » et de « proxy voting » sur la « blockchain » qui rend nos projets littéralement incompréhensibles pour la très large majorité de la population que nous voulons toucher. Nous avons par ailleurs été piégés par nos propres définitions de la civic-tech, si englobantes qu’elles ne permettent pas la distinction entre plusieurs réalités techniques, économiques et finalement éminemment politiques.

La civic-tech concerne l’ensemble des plateformes et applications mobiles spécifiquement conçues pour renforcer l’engagement citoyen, la participation démocratique et la transparence des gouvernements. Ces solutions accompagnent tout le cycle de vie d’une politique publique, de l’idéation à l’évaluation. Il est cependant nécessaire de creuser le sujet pour obtenir une typologie plus objective des modèles et des acteurs.

Le Gouvernement ouvert repose par définition sur un espace de collaboration, un trilogue qui doit s’engager entre les institutions publiques, les structures organisées de la société civile et les citoyens dans leur diversité. Les intérêts et les moyens de chacun sont naturellement différents, parfois divergents. Les gouvernements et administrations désirent améliorer la qualité et la transparence du service public rendu à leurs usagers, et tout signe d’ouverture est une bonne communication en vue d’une réélection. Les citoyens attendent que de meilleures décisions soient prises avec eux pour améliorer concrètement leur existence. Les associations cherchent à valoriser leurs actions, accroître leur audience et leurs ressources. Le modèle économique d’une start-up du numérique est lui aussi assez limpide : il faut commencer par investir sur fonds propres ou en levant des fonds pour proposer le meilleur produit, être le dernier à survivre à la phase d’accélération et ainsi s’imposer comme un monopole de fait, quitte à racheter des concurrents en cours de route pour mieux s’imposer. Il n’y a qu’un Airbnb, qu’un Facebook, qu’un Netflix, parce que tous les autres sont morts ou marginaux. Winner takes all. La question qui se joue en ce moment en France est de savoir si nous devons soumettre la civic-tech aux mêmes modèles économiques ou si la démocratie justifie une exception.

Les institutions françaises prisonnières des logiciels propriétaires.

La diversité des initiatives civic-tech françaises qui foisonnent depuis dix-huit mois a maintenu une apparence de complémentarité. Elle a désormais été décrite sous forme de catalogues homogènes par tous nos principaux médias locaux et nationaux, qui pour la plupart n’ont pas poussé l’analyse au-delà des éléments de langage corporate. Entrons dans le détail.

Certaines plateformes sont « scalables », c’est-à-dire que le coût marginal d’un nouvel utilisateur tend vers zéro, comme l’illustre Jeremy Rifkin dans son analyse de l’économie des plateformes numériques. Ainsi, Change.org ne doit pas ré-investir de ressources — en dehors de serveurs plus importants — pour passer de dix à dix mille pétitions, de dix à dix mille signataires. Il en va de même pour l’application GOV qui veut « uberiser » les sondages grâce à une application qui lui permet de collecter les avis d’un nombre croissant d’utilisateurs sans dépenser plus d’énergie alors qu’un institut classique doit reproduire et analyser des centaines d’entretiens téléphoniques dont le coût unitaire ne varie pas. La contrepartie est la centralisation et l’uniformisation des plateformes. Facebook propose les mêmes fonctionnalités à tous ses utilisateurs. C’est un modèle qui marche pour des outils de mobilisation, dès lors que l’on considère que l’usage n’est pas différent pour un candidat de gauche ou de droite, qu’il gère une base militante de dix ou de dix mille personnes. Cela conduit Nation Builder à équiper à la fois la campagne pro-Brexit et la campagne anti-Brexit, la campagne de Jean-Luc Mélenchon comme celle de François Fillon. Ces plateformes sont des outils d’action au service des intérêts particuliers qui s’affrontent dans la vie politicienne — sans connotation négative, mais par opposition au système politique institutionnel et public — et il convient donc de les regrouper sous le terme plus précis de « pol-tech ».

Un autre pan des civic-tech, celui qui concerne la prise de décisions et leur évaluation, dépend justement de l’initiative des gouvernements eux-mêmes. Certains ont les moyens de développer eux-mêmes des outils (comme la mairie de Paris pour son budget participatif), mais la majorité fait appel à des prestataires privés. On parle alors des « gov-tech », au modèle hybride : il est important que chaque gouvernement dispose d’un outil sur-mesure et puisse garantir la sincérité et la protection des données individuelles qui sont récoltées, mais les types de participation sont récurrents — appel à projets ou idées des citoyens, consultation sur une décision publique, cartographie collaborative, budget participatif, portail d’accès aux données publiques… Les mêmes plateformes peuvent donc être dupliquées modulo une légère adaptation contextuelle. C’est ici que deux modèles entrent en concurrence : les logiciels libres contre les logiciels propriétaires.

Plusieurs entreprises françaises se sont créées sur cette opportunité. Spallian s’est partiellement reconvertie dans la vente d’applications de signalement « Tell My City ». Fluicity développe une application mobile de communication entre une municipalité et ses administrés. OpenDataSoft propose une solution intégrée pour que les collectivités créent facilement leurs portails open data — désormais une obligation légale. Cap Collectif commercialise des plateformes de consultation. Ces entreprises font de la gov-tech et à mesure que les cas d’usages se multiplient — particulièrement en période pré-électorale — leur qualité et leur rentabilité augmentent. Ils attirent des investisseurs privés qui entrent au capital ; OpenDataSoft vient par exemple de lever 5 millions d’euros pour déployer sa solution partout dans le monde. Les dernières améliorations techniques sur ces plateformes sont indéniablement intéressantes.

Le modèle propriétaire s’accompagne toutefois d’une série d’inconvénients :

  • Le manque de transparence pour commencer. La puissance publique n’a pas accès au code source qui fait tourner ces plateformes. Pourquoi se préoccuper de ces détails techniques — qui, avouons-le, dépassent de très loin la compréhension de la majorité des décideurs — tant que la plateforme marche ? Si le code a valeur de loi, selon la démonstration faite par le Pr. Lawrence Lessig (Code and Other Laws of Cyberspace, 1999), une plateforme numérique n’est jamais neutre. Elle est le fruit des choix techniques et idéologiques de ses concepteurs. Lorsque nous ne maîtrisons pas son code, ce sont les auteurs de ce code qui nous maîtrisent.

  • L’abandon de la souveraineté ensuite. Publier rétrospectivement un jeu de données issu d’une plateforme non auditable n’est pas une garantie suffisante que les données n’ont pas été manipulées. Quand bien même nous n’aurions pas de raison de douter des intentions des éditeurs actuels de ces plateformes, le fait que ces entreprises puissent être rachetées à moyen terme par d’autres acteurs est une menace que tout acteur public doit prendre en considération dès lors qu’il engage sa responsabilité dans un processus de récolte d’opinions citoyennes et de concertation démocratique.

  • L’absence de collaboration durable enfin. Tous les gouvernements ayant les mêmes besoins, ils représentent une manne promise à ces entreprises. Au lieu de mutualiser ces besoins, les institutions — et donc in fine les contribuables — payent et repayent chacune à leur tour des technologies existantes. Une partie des gains sont certes réinvestis par ces entreprises, mais les améliorations ne profiteront qu’aux prochains clients. L’argent public ne finance pas le développement de biens communs librement réutilisables, mais des modèles économiques classiques. Dans le modèle propriétaire, il faut que chacun le sache et le comprenne, aucune mutualisation technique n’est possible.

Code is Lawtraduit en français par Framasoft

Le défi de faire émerger la “common-tech” en environnement fermé.

Après avoir distingué la pol-tech et la gov-tech, nous obtenons une vision plus claire des technologies de la citoyenneté stricto sensu. La capacité des citoyens à maîtriser et utiliser par eux-mêmes ces outils pour s’informer, s’organiser et prendre des décisions collectives est dans l’ADN de la civic-tech, définie aux Etats-Unis comme « the use of technology for the public good ». Peut-être faut-il évoluer vers une définition des « common-tech » pour délimiter plus précisément la création de ces communs digitaux, qui correspondent davantage à ce qui existe à l’international. Car des alternatives libres existent pour les mêmes besoins :

  • « Fix my Street » est une plateforme open source de signalement développée au Royaume-Uni par mySociety.org

  • La nouvelle association Open Knowledge Estonia que j’ai eu le plaisir de rencontrer à Tallinnse lance dans le développement d’une application open source « 2 minutes 4 my city » qui connecte les citoyens avec les actualités et décisions locales.

  • DKAN est un portail d’open data open source créé aux Etats-Unis à destination des collectivités.

  • Democracy OS une plateforme de consultation open source initiée en Argentine et désormais déployée en France.

La création de logiciels libres pour la démocratie est en train de se généraliser à travers le monde :

  • La Commission européenne impose que les logiciels qu’elle finance, comme ceux du programme D-Cent, soient open source.

  • L’administration Obama a ouvert le code de son application officielle de pétitions « We the People » et vient de lancer le portail code.gov qui libère le code de toutes les plateformes gouvernementales américaines.

  • La nouvelle ministre taïwanaise du numérique Audrey Tang a animé depuis des années les hackathons g0v.tw autour du développement de solutions open source.

  • Le pionnier des outils de lobby citoyen est la plateforme Meu Rio développée en open source au Brésil.

  • Les Islandais dont nous saluons les pirates et le modèle démocratique ont créé un portail open source pour Better Reykjavik.

  • Les élus Podemos à Madrid ont investi dans le logiciel Consul qui est utilisé par le portail decide.madrid.es pour les concertations et le budget participatif de la capitale… et d’autres villes espagnoles, qui ont ainsi accès au même outil.

La civic-tech française est à contre-courant.

code.gov, le portail qui donne accès aux logiciels **développés par l’administration américaine.

Le modèle open source repose sur des licences qui définissent les conditions de libre accès, utilisation, transformation et commercialisation de plateformes qui sont codées de manière ouverte et collaborative. Les fichiers qui structurent les applications sont accessibles publiquement sur des plateformes comme GitHub ou Gitlab, et des notices vous expliquent comment déployer et configurer gratuitement des instances indépendantes que vous pouvez héberger sur vos propres serveurs et adapter à vos besoins. De là vient une incompréhension manifeste autour de l’open source : ce n’est pas parce que l’accès est gratuit que le développement l’est aussi. Le paramétrage technique, la traduction, l’ajout de fonctionnalités nécessitent du temps et des compétences de développement — parfois plus que pour une solution propriétaire qui existe déjà et dont le coup de duplication est infiniment plus faible que le prix de la licence d’exploitation que l’entreprise vous fait payer. En revanche, l’amélioration ainsi financée bénéficie à tous les acteurs de la communauté. Partout dans le monde. Ainsi, en choisissant Democracy OS pour développer le portail participez.nanterre.fr, la mairie de Nanterre a investi dans une amélioration de l’ergonomie de la plateforme qui a été réutilisée jusqu’au niveau du gouvernement argentin. La diffusion de l’open source est libre : la métropole de Reims a fait appel à un prestataire privé pour mettre en place une instance de consultation Democracy OS sans même que l’association ne soit au courant. De la même manière, n’importe quelle collectivité, n’importe quel projet associatif disposant en interne de la compréhension technique nécessaire peut utiliser Democracy OS. Il existe des dizaines d’alternatives développées à travers le monde : Discourse (Etats-Unis) pour des forums participatifs, Loomio (Nouvelle-Zélande) pour des prises de décisions adaptées aux organisations non pyramidales, Ushahidi (Kenya) pour de la cartographie collaborative, etc. Dans ces contextes, la plus-value provient de l’expertise déployée sur le terrain grâce à l’outil, et non du dangereux mirage d’un solutionnisme technologique qui prétend qu’un outil unique va tout changer.

Nous sommes convaincus qu’il y a un modèle économique pour ces common-tech. Nous sommes en train de l’expérimenter avec Open Source Politics en faisant un travail de curation et d’adaptation des meilleures plateformes libres dédiées à la démocratie. Ce modèle est probablement moins rentable pour des investisseurs à court terme, mais beaucoup plus pour les citoyens à moyen terme. Et donc pour la démocratie à long terme. Le chemin prendra nécessairement plus de temps à réaliser son plein potentiel. Les institutions préfèrent souvent le confort de la relation avec un acteur privé plutôt que la collaboration avec une communauté encore peu structurée. Mais elle existe à travers le concept de hackathon permanent que nous avons lancé début 2016 au sein de l’équipe Open Democracy Now et nous rencontrons de plus en plus de développeurs heureux de s’engager pour une civic-tech libre.

Dans son ouvrage de référence sur les nouveaux modèles de pair-à-pair, Michel Bauwens explique qu’un commun a peu de chance de triompher s’il est isolé face à des concurrents privés, mais finit toujours par l’emporter s’il s’allie avec des acteurs publics ou privés qui apportent une stabilité et une rétribution au travail de la communauté. Comme le détaille ce brillant article d’Uzbek & Rica, le défi pour la puissance publique de comprendre et de collaborer avec l’émergence des communs dépasse le cadre de la civic-tech et concerne tout le secteur de l’innovation. La responsabilité des dirigeants réunis lors du sommet mondial du Partenariat pour un Gouvernement ouvert dépasse donc largement l’exercice de communication.

Le siècle des communs, à lire chez Usbek & Rica

Faire une différence est à portée de main

A ce jour, la civic-tech n’est qu’un passe-temps pour la classe moyenne urbaine désabusée par le spectacle de sa représentation politique. A de très rares exceptions près, nos initiatives ne sont pas inclusives et ne touchent pas les citoyens des quartiers populaires et des périphéries qui forment les bastions d’abstentionnistes et de votes extrêmes. La tâche est immense tant le fossé à combler est profond, tant les fractures seront longues à cicatriser. D’autres villes ont réussi à le faire, comme Medellin en Colombie, passée de plateforme de la drogue à la démocratie participative en vingt ans d’actions vertueuses. Nous manquons la cible car nous n’avons pas les moyens de passer à l’échelle. Il faut un soutien fort en faveur du développement de nouveaux outils numériques capables de se répandre de plus en plus facilement sur tout le territoire, afin d’intensifier nos pratiques démocratiques dans les écoles, les associations et les entreprises, de multiplier les consultations et les redditions de comptes transparentes, d’équiper les collectifs citoyens locaux qui sont les seuls en position d’associer les exclus. C’est la condition de la transition démocratique.

Ces outils existent déjà pour la plupart. Nous mettons à l’honneur leurs auteurs venus d’Allemagne, de Taïwan, d’Estonie ou de Malaisie lors d’une soirée de la société civile ouverte ce mardi 6 décembre. La boîte à outils du Gouvernement ouvert (ogptoolbox.org) qui est développée par Etalab depuis un an est mise en ligne lors du hackathon international au Palais de l’Elysée le 7 décembre puis au Palais d’Iéna le 8 et 9. Aspirant le contenu de nombreux référentiels internationaux, ce site donne accès à une information détaillée sur les bonnes pratiques mises en oeuvre à travers le monde.

La civic-tech française a énormément grandi depuis dix-huit mois. De nouveaux leviers sont en train de se mettre en place. Un incubateur va naître grâce au soutien d’Axelle Lemaire. Il a vocation à être hébergé à terme par le « Civic Hall » voulu par Anne Hidalgo à Paris. Tant que nous n’aurons pas de garanties sur les critères techniques et politiques exigés pour en faire partie, nous regarderons ces deux initiatives avec la vigilance qui est attendue de la société civile dans une démarche de Gouvernement ouvert. Cette posture peut paraître idéaliste à l’heure où l’innovation démocratique souffre d’une réelle précarité économique, mais si ce n’est pas pour nous rapprocher d’un idéal démocratique plus libre et plus ouvert que nous nous battons, alors à quoi cela sert-il ?

@ValentinChaput