Une consultation au service d’une société numérique innovante et inclusive

 

Une consultation au service d’une société numérique innovante et inclusive

Dans le cadre de la mise en lumière de nos cas d’usages, nous avons interviewé plusieurs utilisateurs et utilisatrices de la plateforme, afin d’obtenir des retours sur son utilisation et mieux conseiller celles et ceux qui souhaiteraient l’utiliser.

Aujourd’hui nous recevons les réponses d’Orianne Ledroit directrice du pôle Société Numérique de l’Agence du Numérique — une agence incorporée à l’intérieur du ministère de l’économie — qui a lancé une consultation DemocracyOS.

Présentation du projet

Orianne Ledroit : Je suis cheffe du pôle Société Numérique, au sein de l’Agence du Numérique, dont l’ambition est de collaborer à faire émerger une société numérique innovante et inclusive.

  • Dans quel cadre avez-vous souhaité concerté les citoyens et citoyennes? Pourquoi avez-vous lancé une consultation ?

Orianne : Nous avons lancé une concertation ouverte pour co-élaborer avec toutes les parties prenantes (collectivités locales, acteurs de la littératie numérique, communautés et activistes, entreprises, etc.) une plateforme boite à outils utile à la construction de stratégies numériques locales.

Orianne : Nous avons lancé cette concertation dans un double objectif : sur le fond, il s’agissait pour construire une vraie boite à outils opérationnelle d’engager une dynamique collective de co-construction en faisant émerger des idées et des bonnes pratiques. Sur la forme, il s’agissait aussi d’attirer l’attention des acteurs et écosystèmes locaux sur le sujet des stratégies numériques de territoire, sur leur importance et sur l’exigence de penser l’accompagnement aux usages numériques.

La concertation s’adressait à toutes les structures et collectivités territoriales qui interviennent et, ou, peuvent intervenir dans l’élaboration et la mise en œuvre de stratégies numériques locales.

  • Pourquoi avoir choisi DemocracyOS ?

Orianne : Les raisons du choix de DemocracyOS sont simples :

  • c’est un outil open source, ce qui était pour nous une exigence impérative.

  • il était rendu disponible aux administrations dans le cadre de l’OGP Toolbox initiée par ETALAB (nous avons d’ailleurs été la première administration a utiliser un outil de l’OGP Toolbox pour faire une concertation en ligne)

Orianne :

  • c’est un outil qui correspondait à nos besoins, qui était facile d’utilisation et que nous maîtrisions au sein de l’équipe (Pierre-Louis qui travaille dans le pôle l’avait déjà expérimenté dans ses précédentes fonctions à la mairie de Nanterre).

  • Les valeurs (transparence, ouverture) affirmées par DemocracyOS ont-elles influencé votre choix ?

Orianne : En tant qu’administration, nous considérions qu’il est impératif d’être exemplaire en la matière. Nous n’aurions pas choisi de logiciel non open source.

Sourcewww.legifrance.gouv.fr

Orianne : Non seulement l’article 16 de la Loi pour une République Numérique encourage les administrations à recourir aux logiciels libres, mais la France s’est aussi engagée, par souci de transparence, à utiliser des logiciels libres dans ses démarches de gouvernement ouvert, à travers l’action collective 19 de la Déclaration de Paris signée par le Président de la République à l’issue du sommet OGP. Enfin, le Conseil d’orientation de l’édition publique et de l’information administrative (COEPIA), placé auprès du Premier Ministre, recommande l’utilisation de plateformes libres pour les consultations en ligne.

Le processus de consultation

  • Quelle a été la temporalité de la consultation ?

Orianne : La concertation a été ouverte du 8 février au 24 mars 2017. Nous l’avons clôturée au début de la période de réserve électorale.

  • Certains sujets ont-ils mobilisé plus largement ?

Orianne : Oui, certains des sujets furent plus traités que d’autres notamment celui de l’élaboration des stratégies d’accompagnement au numérique (de médiation numérique) qui recouvrent les actions locales mises en oeuvre pour favoriser l’appropriation du numérique par tous les habitants. Cette thématique a reçu 36 contributions et a été traitée dans 11 ateliers. La médiation numérique est un des sujets historiques sur lequel travaille le pôle Société Numérique. Nos partenaires ont donc été nombreux à se mobiliser : cette concertation offrait une fenêtre d’opportunité pour valoriser des expériences réussies et faire émerger des idées collectives. La thématique qui visait à établir une méthodologie pour mettre en place un diagnostic numérique du territoire a également été beaucoup traitée, notamment car c’est une vraie demande des territoires de pouvoir examiner les forces en présence et identifier les besoins en matière d’usages et services numériques.

  • Dans quelle mesure les utilisatrices et les utilisateurs se sont-il-elle-s approprié-e-s la consultation ?

Orianne : Près de 300 personnes se sont inscrites sur la plateforme. 200 contributions ont été déposées. Près de 300 citoyens et experts ont été mobilisés lors de 26 ateliers organisés dans les territoires (métropole et outre-mer). Nous avions pour ces ateliers fourni un kit méthodologique pour organiser une session collective de travail.

  • Quelles fonctionnalités de DemocracyOS ont été principalement utilisées ? Lesquelles vous semblent les plus pertinentes ?

Orianne : Les contributions collectives sont intéressantes car elles permettent d’animer localement et physiquement des temps de travail qui aboutissent à une contribution en ligne.Exemple de contribution collective sur la consultation

Exemple de contribution collective sur la consultation

Orianne : Les commentaires sont aussi une fonctionnalité intéressante puisqu’elle permet de créer de l’interaction et donc de l’intelligence collective dans le débat.

La fonctionnalité de vote est utile pour les personnes intéressées par la démarche, qui lisent les contributions mais ne souhaitent/peuvent pas commenter. C’est une manière rapide de contribuer et de faire savoir son intérêt.

Enfin, le classement des contributions par ordre d’adhésion permet aussi de mettre facilement en lumière les suggestions les plus appréciées.

  • Avez-vous adopté une méthodologie particulière pour mener à bien la consultation ?

Orianne : Nous avons organisé la communication de la concertation en temps réel afin de valoriser les contributions déposées et les thématiques soumises à débat. Nous utilisions essentiellement des mailings pour solliciter l’ensemble de nos partenaires, de manière régulière (une fois par semaine) ainsi que les réseaux sociaux de l’Agence pour mettre en lumière certaines contributions les plus appréciées ou les plus « polémiques » et faire réagir.

Nous avons rendu disponible un kit méthodologique permettant à toute personne de réaliser un atelier collectif sur la concertation en ligne.

Nous avons par ailleurs dès le début affiché, en transparence, la timeline de réalisation du projet de plateforme.

L’après consultation

  • Quel est le bilan (provisoire) de cette consultation par rapport à votre projet ? Quelles actions concrètes allez-vous mettre en place à l’issue de celle-ci ?

Orianne : Nous avons eu de nombreuses contributions et identifié des expertises et bonnes pratiques bien plus nombreuses que prévu. Nous avons aussi constitué une première communauté de contributeurs et d’experts de ces sujets et les avons mobilisés pour co-construire avec nous la plateforme. L’objectif désormais est de continuer à alimenter cette communauté. Nous avons publié la synthèse de la concertation. Nous les réunissons désormais en organisant des workshops pour continuer à co-élaborer les contenus de la plateforme et challenger les idées déposées dans les contributions. Nous avons par exemple réunis 65 personnes lors d’un Ministère Ouvert en présence du Secrétaire d’Etat chargé du Numérique, Mounir Mahjoubi, jeudi 6 juillet dernier.

Quelles sont les prochaines étapes ?

Orianne : Nous travaillons à rendre ce travail collectif dynamique. Nous réfléchissons par exemple à organiser des ateliers de manière hebdomadaire, afin de rendre la participation plus simple, plus accessible et moins institutionnelle. L’été va nous permettre d’affiner notre feuille de route et d’envisager plus concrètement l’élaboration de la plateforme boite à outils.

  • Comment avez-vous choisi de présenter les résultats aux citoyen-ne-s ?

Orianne : Nous avons publié une synthèse des contributions sur notre site et l’avons diffusée à tous les contributeurs.

Nous avons aussi réalisé une cartographie des contributions institutionnelles et ateliers et mis les données sur data.gouv.fr.

La presse a aussi relayé notre concertation (suite à la publication d’un communiqué de presse au lancement de la concertation et suite à la diffusion de la synthèse en aval).

  • Etes vous satisfaite de DemocracyOS et avez-vous des propositions pour l’améliorer ?

Orianne : Nous pourrions réutiliser l’outil pour une concertation future.

Quelques suggestions :

• disposer d’une visualisation des données (sous forme de dashboard)

• disposer d’un lien vers les contributions individuelles pour faciliter le sourcing lors de la production de synthèse

• disposer d’une homepage pour publier des brèves d’actualité sur le déroulé de la concertation

• améliorer l’export des fichiers

  • Quel est votre point de vue sur le mouvement des « civic tech » ? Pensez-vous que les démarches de participation en ligne vont se généraliser ?

Orianne : Le mouvement est divers et hétérogène (sur les principes, sur les valeurs, sur les modèles). Il traduit une envie de renouvellement démocratique, ce qui est positif. Il se limite encore trop à une « élite urbaine hyper intégrée ». Au sein de l’Agence du Numérique, nous étudions ces phénomènes avec la plus grande attention. Nous avons d’ailleurs financé une enquête intitulée #Capacity qui vise à confronter les promesses de l’empowerment par le numérique avec la réalité des usages et bénéfices tirés par les Français.

91% des Français ne considèrent pas Internet comme un outil pour s’engager politiquement. Par ailleurs, près de 20% des Français ne sont pas à l’aise avec Internet aujourd’hui.

Avant de penser civictech, il faut penser collectivement des réponses aux besoins d’accompagnement au numérique de la population française et travailler à favoriser l’appropriation du numérique par tous. C’est ce sur quoi nous travaillons au sein du pôle Société Numérique ; notamment en œuvrant à fédérer toutes les initiatives publiques et privées autour d’une coopérative d’intérêt collectif nationale — La Mednum — en cours de création et dans laquelle certains acteurs de la civictech se sont déjà engagés.

Un grand merci à Orianne pour ses retours !